Drop Dead Festival II 09/2004 Kitting Factory New York - USA


Les 3, 4 et 5 septembre dernier, la Kitting Factory à accueilli un évènement musical appelé à devenir culte : le Drop Dead Festival. Pour la seconde édition de ce festival réunissant deathrock, psychobilly, horror punk, surf music, batcave et combinaisons diverses des ingrédients musicaux précedemment cités ("gothabilly", "monster surf", "funeral jive",etc...), ce club new-yorkais sur 3 (petits) étages à rassemblé artistes, artisans et public venu des quatres coins des Etats-Unis, du Canada et d'Angleterre. Pour ce cru 2004, un choix de groupes aussi écclectiques qu'excellents, notamment The Rabies, Bella Morte, Ausgang, Gutter Demons, Radio Scarlet et les très attendus Cinema Strange.

Entièrement redécorée dans les moindres détails pour l'occasion - des toilettes dignes de l'appartement d'un sérial killer aux ossements et squellettes pendus au plafonds-, la Knitting Factory accueillait également une quinzaine de stands (différents chaque jour du festival) proposant disques, vêtements, accessoires, bijoux, revues, tous très bien fournis, véritablement originaux et proposant des articles introuvables ailleurs, et à des prix tout à fait raisonnables. L'occasion de rencontrer des gens qui ont fait de leur passion pour la culture dark un mode de vie, un métier, et de constater l'existence d'une communauté plus petite qu'en France (ce qui est tout à fait surprenant étant donné la superficie des Etats-Unis...), mais très solidaire et organisée. Le festival se déroulant simultanément dans les trois salles de la Knitting Factory, il n'est pas possible de tout voir, mais c'est un choix de programmation qui ne laisse pas de place aux temps morts, créant une effervescence des plus sympathiques dans les couloirs et au bar.
Plus d'une quarantaine de groupes étant présents, j'ai choisi de vous présenter ceux qui m'ont semblé les plus marquants, jour par jour. En route pour le Drop Dead Festival...

Voir les photos du festival par Chokeboy (couleur) et Daïsy Rëd (N&B)




Vendredi 3 septembre 2004 : premier jour

En première partie de soirée, le groupe SIXGUN REPUBLIC présente un set rockabilly high-speed, trash-country, entre "Une Nuit en Enfer" et Emir Kusturica made in USA teinté d'influences surf-music. De même que pour les très attendus DEADBOLT, les frères psychobilly des Supersuckers, qui proposent quelques heures plus tard un set assez retro/revival groovy et d'un très bon niveau malgré un son un peu capricieux, un public des plus enthousiastes-principalement constitué de goth, punks, psychobillies, rockers, pin-ups excentriques et néo-burlesques- est au rendez-vous. Si l'originalité des titres n'est pas le point fort de ces deux groupes, leur jeu de scène, leur maitrise technique et le groove de leurs sets respectifs justifie amplement leur présence. Dans la même veine, mais avec un charisme et des compos de très grand qualité en plus, les GUTTER DEMONS, venus du Canada, jouent un set de psychobilly-punk teinté de "surf music apocalyptique". Johnny Lee, le chanteur, rappelle un peu Adrian Brody dans "Summer of Sam" : très grand et mince, collier d'os autour du cou, une grande crête platine sur le crâne, gilet de cuir style far-west, creepers et pantalon de cuir avec ceinture à clous...Musicalement aussi bien que visuellement, leur set sera mémorable : pogo dès le premier titre, un son et des musiciens excellent malgré les conditions assez difficiles (au vu du nombre de fans et du niveau de ce groupe, on se demande d'ailleurs pourquoi les avoir fait jouer dans la petite salle) : GUTTER DEMONS sortvraiment du lot.

Dans cette même petite salle, un peu plus tôt dans la soirée, on découvre le groupe KASTLE GREY SKULL. Emmené par la très énervée Bridgett Vera, ce groupe punk quelque part entre les Misfits et L7 en plus speed semble échappé du film qu'aurait réalisé Russ Meyer si il avait été punk...De bons morceaux et une voix qui va des hurlements sauvages aux intonations sexy de petite fille méchante qui justifient l'acquisition du cd de ce groupe fort sympathique originaire de Los Angeles.
Dans la grande salle, on assiste également à un très bon concert de THE RABIES de Buffalo N.Y.Entre ghoul rockabilly/psychobilly et horror punk, ce groupe en costumes est l'un des meilleurs de la soirée. Avec sa chanteuse grimée en ménagère sexy des années 50 sous acide, la gorge en sang, et son guitariste-momie blafard, sa bassiste échappée de Scooby-Doo et un batteur au tempo impeccable, THE RABIES nous entraine dans un épisode de "Happy Days" revu par Ed Wood.Les titres sont là et l'originalité musicale, théâtrale et vestimentaire aussi. Si THE RABIES se produisent un jour en France, surtout ne les manquez pas, car ce groupe pourrait fort bien devenir culte d'ici peu...

En bref, ce premier jour de festival démarre fort et le spectacle est autant dans la salle que sur scène.La scène deathrock étant très théâtrale, il va de soi que le costume joue un rôle important. Les groupes ont d'ailleurs tous des identités visuelles fortes, qui renforcent fortement le plaisir de les voir sur scène, et le public présent suit totalement. Quelques "Burlesque Acts" (genre de strip-tease soft retro 50's dont l'égérie la plus connue actuellement est Dita Von Teese) viennent agrémenter la soirée, les conversations se nouent très facilement, les groupes se mêlent au public...L'atmosphère de ce festival est résolument conviviale et arty, c'est l'underground dans toute sa vitalité. Une Factory version deathrock ?

en savoir plus :
http://www.sixgunrepublic.com/
http://www.therabies.com/
http://www.gutterdemons.com/




Samedi 4 Septembre 2004 : deuxième jour

La soirée commence avec les californiens de THE 6TH CHAMBER. Entre punk,grunge et même stoner, avec un son lourd post-seattle qui cotoie des influences glam (le chanteur est d'ailleurs un saisissant sosie de Johnny Thunders des New-York Dolls), ce groupe ne laisse pas indifférent. Alors que l'ambiance générale des groupes programmés est plutôt provocatrice, trash ou "ghouly", c'est à dire toujours dans un certain décalage ou mise en scène, THE 6TH CHAMBER fait un peu figure d'ovni : une mélancolie sourde émane de ce set ou plane l'ombre de Kurt Cobain.

Dans la petite salle, MALICE IN LEATHERLAND, un excellent groupe de punk bodypainté, avec sa batteuse manga-girl en force et un chanteur charismatique et direct. Il est fort à parier que les Dead Kennedys font partie des groupes favoris de MALICE IN LEATHERLAND qui donne à voir et à entendre un show qui fait chaud à nos coeurs d'outsiders...Un concert très apprécié par le public et un des meilleurs concerts de ce deuxième jour.

PHANTOM CREEPS, un groupe de surf-music de bonne facture prend ensuite possession de la scène. Tout de noir vêtus, cravates flaming et retro-attitude, ils présentent entre autres, les titres de leur nouvel album dont l'un des titres figurera sur la bande originale du film "Psycho Beach Party 2" ,parodie grand-guignol des films d'horreur pour ados des années 50, avec tubes surf et psychobilly en fond sonore, effets comico-gores et pin-ups maladroites et gentiment trash...

Un mélange des Misfits, des Dead Kennedys, des Ramones, de Nosferatu, de films de vampires et autres B-movies et de Brecht pour l'inspiration : voici LUGOSI'S MORPHINE, l'un des groupes les plus près de la thématique annoncée de ce DROP DEAD FESTIVAL II. Avec son chanteur aux oreilles pointues, au teint blafard et aux yeux cerclés de noir, avec sa guitariste-chanteuse aux longs cheveux rouges costumée en infirmière trash au cou dégoulinant d'hémoglobine, LUGOSI'S MORPHINE distille un set d'horror punk séduisant. Musicalement agréable pour les amateurs du genre, sans pour autant que les mélodies restent particulièrement en tête, ce groupe propose un show avec des vrais personnages-musiciens sortis de films, un effort de théâtralisation fort réussi, une énergie et une aura de sympathie telle qu'on ne peut qu'aimer LUGOSI'S MORPHINE.

Dans la grande salle, BELLA MORTE, l'un des deux groupes stars de la soirée, dont le show déchainera la salle, fait son entrée. Après une intro qui laisse suppposer un groupe goth, c'est en fait un set deathrock d'une grande puissance qui commence. Entre Waterdown en plus speed et Faith No More -pour la voix exceptionnelle -, le son de BELLA MORTE est un mélange de punk, de synthé, d'histoires de zombies et de ghoules des plus groovy. Les morceaux sont catchy à souhait, parfois même carrément dancefloor sans pour autant faire la moindre concession commerciale. BELLA MORTE enchaîne tube potentiel sur tube potentiel, la prestation scénique est tout simplement exceptionnelle, entre Andy Deane qui à tout d'une énorme rock-star -charisme, talent vocal et scénique et sex-appeal qui déchaine les filles- et l'excellent bassiste Gopal Metro. Le set se termine par une magnifique reprise de "Simple Man" de Lynyrd Skynyrd. Il est clair que ce groupe est prêt pour de grandes scène, et si besoin en est, BELLA MORTE prouve que le deathrock peut être vraiment moderne, et même s'ouvrir à un public plus large, tant les titres sont accessibles et mélodiques. On aura une petite pensée pour les français de Lycosia, car la filiation musicale nous laisse rêver à une future affiche européenne commune. A suivre ?

Enfin, dernier concert de la soirée avec les très attendus CINEMA STRANGE. Est-il encore besoin de présenter ce groupe californien ? Entre Bauhaus, the Cure première période et une troupe de théâtre décadente, et pourtant ne ressemblant qu'a eux-mêmes, excentriques, sombres, grotesques, magnifiques, uniques, voici les CINEMA STRANGE.
Fidèles à leur réputation de ne faire des shows qui se suivent mais ne se ressemblent pas, c'est en costumes chinois, masques et ombrelles que les CINEMA STRANGE prennent possession de la scène. Après une très longue intro qui à pour effet de susciter la curiosité de l'assistance - au bout de plusieurs minutes, on se demande ce qu'ils font, et en fait c'est si agréable d'être intrigué...-, Lucas "Zampano" Lanthier commence à chanter, imitant une sorte de Madame Butterfly ultra-maniérée. Masque blancs, lumière crues, sourires figés à pleines dents de Daniel "Yellow" Ribiat, la tête penchée et les yeux grands ouverts, regards inquiets de Lucas, larmes noires sur le visage blafard de Michaël "Lafittte" Ribiat, tel un cauchemar post-seppuku, CINEMA STRANGE offre une performance autant théâtrale que musicale.
Fin de soirée oblige, après la dizaine de groupes qui a précédé CINEMA STRANGE ce soir là, le son est un peu défaillant, mais qu'importe, la qualité des titres et l'originalité de la prestation scénique du groupe est telle que tout cela n'a aucune importance. CINEMA STRANGE, qui porte résolument très bien son nom, séduit par son étrangeté, par la diversité des univers desquels le groupe s'inspire. CINEMA STRANGE, c'est un cauchemar d'enfance dont on ne veut pas se réveiller parce que les créatures qui nous font peur sont trop belles.

Un deuxième jour de festival particulièrement intense avec encore de nombreux groupes de qualité. Les concerts de BELLA MORTE et de CINEMA STRANGE resteront tout particulièrement dans les mémoires, témoignant du lien étroit entre musique et théâtre qui donne sa particularité et son envergure aux meilleurs groupes la scène deathrock.
Ici, les groupes n'ont pas peur de prendre le grotesque à bras le corps, de le mêler aux influences les plus sombres. Cette liberté en ce sens explique notamment la filliation très présente aux Etats-Unis entre punk et les musiques sombres.

en savoir plus :
mil.sinsanctuary.com (Malice In Leatherland)
http://www.necro-tonerecords.com/
http://www.lugosismorphine.com/
http://www.bellamorte.com/
http://www.cinemastrange.nightmarezone.com/




strong>Dimanche 5 septembre : troisième jour

Un bon groupe de batcave, ça ne se refuse pas. C'est le cas d'ENTERTAINME.nt, qui propose un glam-goth 90's entre U2, Bauhaus et le dernierThe Cure. Des claviers très présents, et une vraie belle voix mélancolico-sensuelle assure ce début de soirée. Au delà de la prestation scénique, le groupe se défend vraiment bien sur cd. Un groupe qui mérite d'être découvert.

Dans la petite salle, les trois membres de RADIO SCARLET entrent en scène pour un set de punk-batcave vraiment excellent. Seule réserve (mais de taille) : le concert débute par des saluts nazis et des "Zig Heil" enregistrés sur bande, qui s'ils sont bien entendus proférés a titre de provocation second degré -sans ambiguité aucune, sans quoi RADIO SCARLET ne trouverait pas sa place ici-, n'apportent vraiment rien au show. Fans de Crass -comme l'indiquent les nombreux autocollants et bombages sur blouson arborés par le groupe-, anti-Bush -comme l'indique le dernier titre joué, composé à l'occasion de la venue du président des Etats-Unis à New-York pour la convention républicaine-, les RADIO SCARLET ne sont pas des fachos...Alors pourquoi cette provocation gratuite, vue et revue depuis les origines du punk ? A-t-elle encore vraiment un sens aujourdhui ? J'en doute.

Une fois cette entrée en matière passée, force est de constater que ce groupe à vraiment le sens du show, une cohésion sur scène frappante et des titres qu'on n'oublie pas. Le son est crade comme il doit l'être, le groupe installe une vraie ambiance dans la salle. Pour peu on se croirait en 1978, dans l'unes des anciennes salle de concert de Mercer Street. Tantôt maniéré, tantôt complètement bordélique, RADIO SCARLET est scéniquement inclassable... Pour le plus grand plaisir du public de ce dernier jour de festival. On retiendra tout particulièrement le titre "Sestra Sestra" (téléchargable gratuitement et légalement sur le site officiel du groupe), qui à lui seul justifie l'existence de RADIO SCARLET tant il est réussi.

CINEMA STRANGE, pour son deuxième concert de ce festival, crée encore une fois l'évènement. Costumés en elfes blafards, mi-robins des bois, mi-hobbits version zombie, portant d'improbables petits fanions de carnaval "Good Eater Award", "I like Myself" et "Dancing Star", Lucas, Daniel et Michaël, munis d'oreilles pointues et de petits chapeaux, vont donner ce soir le meilleur concert du festival...
La salle est comble, l'atmosphère hypnotique. On se croirait dans un conte de fée mi-drôle, mi-macabre. La complémentarité des présences scéniques est saisissante : Daniel à l'étoffe (et même beaucoup plus) d'un Twiggy Ramirez, Lucas, chanteur-acteur maitrise son personnage de main de maître, Michaël, pierrot boudeur et poétique tout aussi talentueux, et le batteur -nouveau membre du groupe ou invité pour l'occasion ?- créent une alchimie magique, un pur instant de grâce.Tout concourt à rendre ce show inoubliable : le charisme du groupe, les titres plus accrocheurs les uns que les autres, la beauté et l'étrangeté des costumes...On a vraiment le sentiment d'être en présence d'un groupe hors du commun, et la certitude instantanée que statut culte de CINEMA STRANGE n'est pas usurpé.

Reformés exceptionnelllement à l'occasion du festival, les anglais AUSGANG apparaissent sur une intro samplée de Twin Peaks. Vetus de costumes beiges et chemises blanches, ils prennent possession de la scène devant des fans en extase - il faut dire que le groupe est considéré comme l'un des pères fondateurs du mouvement deathrock -. Les titres sont efficaces, le groupe forcément sympathique. La surprise vestimentaire passée (ils font figure d'ovnis au milieu de cette foule toute en crètes colorées, spikes, maquillages blafards, robes de bal sanglantes et épingles à nourrice à gogo), force est de constater qu' AUSGANG n'a pas perdu la main. On se prend même à rêver d'une reformation "pour de vrai", et on salue le fait que les musiciens soient venus jouer avec leur look actuel, sans se sentir obligés "d'enfiler le costume". L'habit ne fait pas le moine, et s'il était encore besoin de le démontrer, AUSGANG le prouve avec brio.

Parmi les groupes les plus attendus, HOLY COW et son chanteur shaman de cauchemar ( plutôt de ceux ou on se retrouve coincée à l'arrière d'une voiture avec un vieil oncle libidineux sans pouvoir s'y soustraire) déverse dans la grande salle un son lourd et lent proche du stoner : entièrement tatoué en tribal, torse nu et en pantalon de cuir puis nu (!), il déchaine l'enthousiasme du public de la grande salle. Un concert particulièrement malsain, à même de plaire aux fans de GG Allin...

en savoir plus :
http://www.entertainme-nt.com/
http://www.radioscarlet.com/
http://www.cinemastrange.nightmarezone.com/




Le festival se termine, les salles se vident petit à petit. Bières à la main, les groupes discutent dans les couloirs de la Knitting Factory, la rumeur se répand, il est question d'un troisième mini-set de CINEMA STRANGE. Une centaine de privilégiés patients auront l'honneur d'assister à ce set de 2 titres en guise d'au revoir. Nous nous installons dans la petite salle pour cet ultime cadeau, et dans la pénombre des murs, nous réalisons avec déjà la nostalgie au coeur que ces trois jours que nous venons de vivre était exceptionnels.
A ceux qui se demandent si oui ou non ils viendront à la prochaine édition du DROP DEAD FESTIVAL, il n'y à pas d'hésitation à avoir. Pour les groupes programmés, pour les rencontres à faire, pour son ambiance unique en son genre, il faut vivre l'expérience inoubliable qu'est le DROP DEAD FESTIVAL.

Remerciements à Polina et à NY DECAY PRODUCTIONS
http://www.dropdeadfestival.com/
http://www.nydecay.com/





Chroniqué par Daïsy Rëd